Former les agents des collectivités locales à l’intégration et à l’interculturalité.

Une expérience menée par la Communauté d’agglomération du Val de Bièvre depuis 2004 - Zoom sur un plan ambitieux et cohérent

Comment et pourquoi cette formation a-t-elle été mise en place ?

Suite au diagnostic local « Accueil et intégration des populations » réalisé dans le cadre du contrat de ville 2000-2006, la communauté d’agglomération du Val-de-Bièvre (CAVB) développe, depuis 2004, un plan ambitieux de formation et de sensibilisation des acteurs sociaux des sept villes de son d’agglomération. Le double objectif de cette qualification est d’améliorer l’accueil et l’accompagnement des publics issus de l’immigration et de favoriser leur implication citoyenne.

Environ 300 agents municipaux d’accueil et leurs encadrants (prévention/sécurité, bibliothèques, services techniques, CCAS, etc.) ont été formés par l’ADRIC.

Un comité de pilotage composé des représentants de l'ACSé (co-financeur de l’action), des directions des Ressources humaines des sept communes, des délégués de l’Etat et des chefs de projets Politique de la ville a été constitué pour assurer un suivi efficace de ce plan de forma-tion. Ce comité contribue à l’évaluation annuelle et au réajustement du contenu à partir des évaluations effectuées à la fin de chaque session.

Les apports de la formation

Chaque session de formation se déroule sur une durée de trois jours et réunit au maximum 15 agents issus de secteurs d’activités divers. A travers des travaux de groupes, des échanges d’expériences et des projections de documents audio-visuels, la formation permet aux participants de s’informer et de réfléchir sur différentes dimensions liées à l’intégration et à l’interculturalité.

Premier temps de la formation :

Les immigrations, les émigrations, migrations, les raisons des départs, les responsabilités « partagées » (Pays d’origine et pays d’accueil) les diverses trajectoires des personnes et des familles migrantes, et les conséquences de l’immigration sur leur évolutions

Deuxième temps :

La notion d’intégration et la politique d’intégration en France sont abordées. Puis, les notions de culture et de communication interculturelle sont clarifiées à travers des échanges interactifs.

Troisième temps :

Espacé dans la semaine des deux premières journées, permet aux stagiaires de revoir les acquis antérieurs au regard de leurs fonctions respectives pour dégager ensemble des axes de travail et élaborer une approche homogène de ces problématiques.

SITUATION ET QUESTIONS soulevées dans les réflexions sur les pratiques professionnelles :

Au cours de la formation différentes problématiques émergent et font l’objet d’échanges et d’apport de connaissances :
- l’identité administrative et les difficultés rencontrées (situations liées au code de la famille dans les pays d’origine…) ;
- les questions en relation avec le regroupement familial (rôle des femmes, relations filles-garçons, situation des femmes…) ;
- l’impact de l’interculturalité dans l’éducation et la socialisation des enfants et des jeunes ;
- l'identité culturelle et l’identité cultuelle : comment différencier ce qui relève de la culture de ce qui relève des religions ? Comment différencier des situations qui renvoient à l’apparence religieuse de celles qui mettent en exergue des extrémismes religieux et de celles qui relèvent des discriminations liées aux appartenances religieuses ?
- les démarches d’intégration des populations immigrées et les obstacles à leur intégration : le racisme, les discriminations et leur cumul, les replis identitaires et les difficultés de communication ;
- l’implication de la laïcité face aux situations qui impliquent des demandes liées aux codes cultuels.

ACQUIS ET MANQUES : Qu’en est-il un an après la formation ?

Pour connaître les acquis de la formation, une évaluation dite « à froid », c’est-à-dire un an après l’action, a été demandée par la CAVB. Par le biais d’une vingtaine d’entretiens téléphoniques avec les stagiaires de la session 2008-2009 (agents et encadrants), ce travail met en avant les apports suivants :
- une meilleure connaissance de la diversité des profils et des diverses stratégies d’intégration des publics qui a permis de sortir d’une image homogène et interchangeable des individus et des familles issues des immigrations.
- une conception dynamique de la notion de « diversité culturelle »; une résolution des obstacles liés à la communication et une relation plus efficace et positive avec les usagers.
- un échange des pratiques entre les agents de divers secteurs qui a favorisé une meilleure connaissance mutuelle au profit d’un accueil plus adapté des publics.
- une prise de conscience de la nécessité d’acquérir des compétences sur la « diversité culturelle » aussi bien parmi les agents que des encadrants.

En ce qui concerne les lacunes, les participants ont soulevé leur besoin d’un temps plus long pour approfondir leur connaissance des populations immigrées issues des pays maghrébins, d’Afrique Sub-saharienne et centrale, de l’Asie du Sud-est et de la Turquie, ainsi que des immigrations plus récentes (Europe de l’Est, Inde…).

CONDITIONS DE REUSSITE :

1/L’implication des collectivités locales concernées :

La constitution d’un comité de pilotage réunissant l’ensemble des acteurs décisionnels a permis un réajustement à chaque étape du projet, assurant ainsi l’adéquation entre la formation proposée et les besoins exprimés.

2/ Une démarche pédagogique adaptée :

Pour un changement des pratiques des agents, la formation doit être interactive et trans-versale : les échanges des pratiques, la concordance entre la théorie et les pratiques, l’hétérogénéité des publics permettent l’enrichissement des savoir-faire et savoir-être de chacun des stagiaires.

3/ Une démarche interculturelle citoyenne :

Loin de donner des explications culturalistes pour justifier des comportements différents, la communication interculturelle permet de se décentrer de sa propre place, de découvrir le cadre de référence de l’autre et de lui faire découvrir le nôtre dans l’objectif de négocier et de construire un cadre commun propice au vivre ensemble. L’apprentissage de cette démarche passe par l’apport de connaissances pluridisciplinaires (psychologique, sociologique, historique, politique, etc.) qui évitent les justifications culturelles des attitudes ou comportements.

4/ Eviter les effets pervers :

Tenter de tout expliquer par les différences culturelles est un piège dans lequel les individus ou les groupes d’individus se retrouvent enfermés dans des catégories subjectives qui ne peuvent rendre compte de la diversité de leurs trajectoires. Pour sortir de la confronta-tion « Eux »/ « Nous », il est nécessaire de souligner les convergences tout en identi-fiant des solutions adaptées à la gestion des divergences.


Fiche réalisée avec le soutien de la Direction de l'Accueil et de l'intégration (DAIC) du ministère de l'Intérieur, de l'Outre-Mer, des collectivités territoriales et de l'immigration.